Un deuxième monde : la littérature

(une idée de Kathy Parent)

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En août 2003, alors que je me trouvais dans la région de Maniwaki, j’ai entendu parler d’un événement annuel appelé Spiritual Gathering, qui se déroule chez le plus ancien des sages de la nation algonquine de Kitigan Zibi Anishinabeg : William Commanda. Celui-ci est le gardien des trois ceintures de wampum, incluant la ceinture de la prophétie des sept feux datant de l’an 1400 ! Ce rassemblement de trois jours est ouvert à tous et comporte des débats sur la spiritualité autochtone, des lieux de prière et un feu sacré… En arrivant sur les lieux, je me suis retrouvée à planter ma tente parmi plus de huit cents Blancs venus en pèlerinage en provenance d’Europe et des Amériques. Après le repas communautaire du premier soir, un des aînés a simplement dit : maintenant que nous avons mangé, nous allons faire de la musique, danser et chanter car l’humain a besoin de socialiser. Quand la farandole autour du campement a commencé, j’ai su que Amalgat était né.

Amalgat – Danse, tradition et autres spiritualités explore la socialisation des gens à travers leur quête de convivialité et de ritualité. Ces rassemblements ont lieu en dehors du monde du travail, de l’école ou du sport, en dehors de la famille et de la maison. Ils prennent place à l’extérieur, où un « cercle communautaire » est reconstitué dans l’espace public. Ils agissent comme exutoires, rituels de tout temps indispensables.

Durant plus de trois ans, j’ai tenté de capter sur le vif ces microsociétés éphémères, communiant au nom d’une croyance, d’une célébration, ou d’un rendez-vous traditionnel. Ayant en commun la danse et le geste, les vingt et une célébrations choisies ne sont pas représentatives d’études statistiques. Bien au contraire, il s’agit d’un parti pris artistique. Il n’est donc pas anodin que je présente, entre autres, une fête juive célébrée par une femme rabin où on fait la farandole dans la synagogue, deux mariages champêtres officiés par des célébrantes, une fête sikhe où les hommes dansent et s’embrassent en toute sensualité.
Caroline Hayeur

Cette enquête photographique regroupe également les textes de plusieurs collaborateurs : le socioanthropologue François Gauthier nous livre un texte qui explore en profondeur le lien complexe entre les communautés et leurs rites et fêtes. La photographe a aussi invité deux poètes et une conteuse à créer un texte s’inspirant des images du corpus photographique. Christine Germain, Jacques Boulerice et Renée Robitaille nous convient donc à la danse des mots dans leurs univers fictionnels. Enfin, Caroline Hayeur céde aussi la plume, pour un clin d’œil « festif », à son collègue artiste Emmanuel Galland.

La photographe montréalaise Caroline Hayeur est bien connue pour ses installations et mosaïques photographiques d’envergure. Ses œuvres sont le fruit d’observations issues de résidences d’artiste ou de longs cycles de recherche sur le terrain. Sous forme de reportages, de portraits et de clins d’œil spontanés, elle s’intéresse à imager la vie quotidienne. Depuis plus de dix ans, elle explore le mode de socialisation de diverses communautés au travers d’une certaine quête de convivialité et de ritualité. Les projets de livres et d’expositions, tels Rituel festif, Portraits de la scène rave à Montréal et Tanz Party, explorant la danse sociale en France ou l’exposition Mes Nuits Blanches au Centre d’art et de diffusion CLARK de Montréal, en témoignent.

Depuis 2003, elle conçoit également des performances de vidéo-musique avec la musicienne Myléna Bergeron. Elle est membre de l’Agence Stock Photo et enseigne le photojournalisme à l’Université du Québec à Montréal. L’exposition solo Danzas y rituales en Quebec, Fotografías de Caroline Hayeur 1997-2007 est en tournée dans le réseau de l’Alliance française au Mexique jusqu’en 2008.

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